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La senteur des goémons
Allons maintenant rue de Bourgogne. De vrais plaisirs nous y attendent:
les vrais et grands plaisirs que seuls peuvent nous donner, dans la confusion
actuelle, une âme pure, un cœur intacte, une main délicieusement tremblante
auxquels les moyens de l'abstraction lyrique ont donné la liberté d'exprimer
tous les débordements et l'algue marine de l'imagination, les longs dialogues
qui se nouent au plus profond des flots entre le corail, la sirène et la perle.
Ce langage surprendra sous ma plume. C'est que lorsque je vois la peinture de
Yahne Le Toumelin, je deviens poète. On voit l'étendue du miracle, on comprendra
la portée du message.

Yahne Le Toumelin est bretonne, celte,
druidesse; elle vient du fond des temps, elle touche à tous les points de
l'horizon puisqu'on me l'a dit en entretien permanent et télépathique avec les
plus importants fakirs de l'Inde. Elle marche sur des clous, se nourrit
d'écume, son oeil a pris, sur la Crète des vagues, l'amère senteur des
glauques goémons. Les titres de ses oeuvres nous disent ce qu'elle est:"
Sur le pont de verre de Malduin ",
" A la santé des Femmes-Océans
!", "la Porte ouverte au palais fermé du Roi", "Je salue
cette excellente Inopinée qui resplendit de toutes parts ".
Et moi aussi,
je vous salue, vous qui êtes véritablement l'Inopinée, la Distanciée, l'Évaporée
! Unique !
Non comme la B.N. évidemment, mais unique tout de même, car si
vous n'étiez pas là, qui saurait encore ce qu'est la légende, qui saurait
encore dire à la raison borgne en si belle pâte, crachis, élans de pinceau
plume d'oiseau de feu, les folles histoires des mers sans soleil, de Séraphine
et des Argonautes de Gustave Moreau ?
André Fermigier 1968 |